Même constat pour Laurent Vervloet, le patron du Centre des jeunes dirigeants (CJD) de Marseille, qui organisait récemment une table ronde sur le pouvoir d’achat et la TVA sociale : « J’étais prêt à défiscaliser les heures supplémentaires de mes employés, raconte-t-il. Mais on a reçu un texte de quatre pages du syndicat professionnel des experts-comptables qui nous dit de ne pas y aller tout de suite. » Même perplexité du côté du Medef de Marseille : « Les heures sup de Sarkozy, c’est une fausse bonne idée, voilà tout », lance un représentant du patronat.

Voyant les difficultés arriver, mettant en péril sa mesure phare du « travailler plus pour gagner plus », le gouvernement s’est lancé dans une grande opération « les heures sup, ça marche », sans pour autant convaincre. La semaine dernière, Christine Lagarde, la ministre de l’Economie, est allée distribuer les premières fiches de paie avec heures sup défiscalisées dans une PME des Mureaux (Yvelines). Expliquant ensuite à l’Assemblée, d’un air triomphant : « J’ai constaté que travailler plus pour gagner plus, ça marche ! Un salarié rémunéré au Smic, qui gagne 1 005 euros net par mois, qui fait quatre heures supplémentaires touchera 1 188 euros net à la fin du mois, soit 18 % d’augmentation. Cela, c’est un véritable résultat. » Une opération médiatique qui a fait rire à droite : « On avait la prime pour l’emploi, c’était beaucoup plus simple que cette usine à gaz », note un député qui militait pour un effort sur la PPE. Car, à quelques mois des municipales, ce qui inquiète les élus de la majorité est très simple : « Le pouvoir d’achat est devenu un sujet politique, note un élu UMP. On nous demande des comptes. On ne va pas pouvoir dire aux gens d’être patients encore longtemps. »

Surtout quand dans certaines régions la situation économique se dégrade. Alors, le « travailler plus pour gagner plus » devient très cruel. « Nous, on veut juste travailler », raconte Michel. Salarié de la papeterie Novacare à Laval-sur-Vologne (Vosges), qui a décidé de supprimer plus d’une centaine d’emplois sur 300 : « C’est mon troisième boulot. La première fois, il y a quinze ans, l’actionnaire italien de l’entreprise où je travaillais est parti avec la caisse, ensuite j’ai travaillé chez Seb, qui a fermé l’an passé. Sarkozy, j’ai voté pour lui. Il avait promis de lutter contre les patrons voyous, les délocalisations. Franchement, je ne vois rien venir. Juste que les boîtes continuent comme avant. » Avec ses collègues, ils ont installé des banderoles sur le rond-point qui permet de rejoindre l’usine. Avec ce mot d’ordre inscrit à la peinture rouge : « Travailler plus pour gagner plus ? On veut juste travailler. » « Les gens avaient eu l’espoir que ça allait changer avec Sarkozy, note le maire d’une commune voisine, classé à droite. Et certains trucs font mal. Les histoires de délit d’initié chez Airbus, les franchises médicales. Sans parler de l’augmentation du salaire du Président. Dans ma commune, des retraités gagnent à peine 800 euros. Qu’est-ce que vous voulez dire quand ils sont énervés ? »

« Certitudes ». Alors la perspective d’une hausse de la CSG pour redresser les comptes de la Sécurité sociale ou la création d’une TVA sociale, même au bénéfice des salariés, fait douter y compris les plus farouches défenseurs d’une baisse du coût du travail. « Un jour, j’étais à la Poste, raconte un responsable du CJD de Marseille. Devant moi, une dame demandait l’état de son compte. Il lui restait 200 euros pour finir le mois. J’étais effondré. Et je l’ai vue dire : “Super, je vais pouvoir retirer 20 euros.” Je me suis trouvé bête d’un coup avec mes certitudes sur les charges sociales et les difficultés des entreprises. »